Archive | avril 2016

Ainsi parlait la Nuit Debout

« Au jour d’aujourd’hui, dans ce monde saturé d’informations »… Non je déconne, c’était l’instant « faites criser les profs en faisant l’intro de sujet la plus naze et banale possible« . Parfois, tiens, je me demande ce qu’il voulait, en fait, mon prof de philo. A part faire tout sauf prof, je veux dire. Je ne sais pas. Essayons.

« Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine – lointaine bis, c’était vachement loin – et dénuée de toute forme d’internet malgré la présence de sabres lasers », il existe des choses peu connues. Qui sait que mon chauffe-eau vient de tomber en panne? Vous, désormais. Qui sait que:

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Ce qui reste tout de même bien moindre que le nombre de divinités par hectares en Inde, quelque part.

Qui sait ce qu’est la Nuit Debout, et question bis: qui est au courant de son existence? Insomniaque comme je suis, moi j’ai vu ça, ça m’a interpellé. Genre une grève anti-matelas, quelque chose qui ferait un nom idéal pour les cocaïnomanes anonymes. Une épidémie de gastroentérite nocturne? Un appel à faire un one man show de Jamel scandé par un clampin écrasé par un bus sur la dernière syllabe? Ben non, figurez vous:

Sais-­tu ce qui se passe là ? Des milliers de personnes se réunissent Place de la République à Paris, et dans toute la France, depuis le 31 mars. Des assemblées se forment où les gens discutent et échangent. Chacun se réapproprie la parole et l’espace public.

Ni entendues ni représentées, des personnes de tous horizons reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde. La politique n’est pas une affaire de professionnels, c’est l’affaire de tous. L’humain devrait être au cœur des préoccupations de nos dirigeants. Les intérêts particuliers ont pris le pas sur l’intérêt général.

Chaque jour, nous sommes des milliers à occuper l’espace public pour reprendre notre place dans la République.Venez nous rejoindre, et décidons ensemble de notre devenir commun.

Dixit leur site.

Remarquez, à la vue des signaux dédiés à l’événement, on se prend à réétudier la piste des cocaïnomanes en pleine crise de gastro:

Non en vrai

Non en vrai ces signaux ont été étudiés pour être lisible dans une foule sans pour autant gêner les débats. Probablement par un(e) transfuge du Club de Dorothée.

Je noterai bassement, mais pour la science, que Nuit Debout discrimine les amputés. Mais j’éviterai de leur dire, sinon on va partir sur des heures de débat stérile et personne ne sera d’accord à la fin du départ sur le terme même d’amputés. Sont-ce des non-préhensiles? Des sans-mains? Short is Beautiful? Le terme même d’amputé n’indique t il pas une emprise idéologique du Système productiviste qui rabaisse les mains au rang d’outils sans âmes du grand capital? Puis là un gentil zozo proposerait de les nommer les augmentés pour souligner leur courage et leur supplément d’âme, lequel compense avec justice l’interdiction du chocolat. Putain figurez vous qu’il existe une page wikipedia pour ça.

Car comme le résume avec brio cette star que je ne nomme plus, jusqu’ici la Nuit Debout se distingue par sa capacité industrielle à faire ramasser la savonnette aux drosophiles.

Splendeur et décadence de l’apolitique

Car ce qui reviendra en premier, en dernier, en itérations stylistiques, en déhanché brésilien, c’est que Nuit Debout est « un mouvement citoyen apolitique ». Revenons aux basiques: tout acte impliquant plus d’un homo sapien EST politique. Manger une pomme est le fruit d’un arbitrage de votre utilité marginale sous contrainte de budget, d’ailleurs acheter une pomme ou une autre est un choix qui porte à conséquences dans divers rapports de force, et cette fameuse contrainte de budget existe parce que vous avez la malchance de ne pas encore vivre dans un monde communiste où dans un futur Star-Trekien où la productivité tend vers l’infini et rend caduque toute notion d’économie telle qu’on la connait et je suis content d’écrire ça plutôt que le dire parce que ça va devenir chaud de respirer essayez pour voir moi en plus je suis fumeur je vous explique même pas le défi.

Même sans rentrer dans l’apoplexie: à partir du moment où un mouvement revendique un truc, il EST politique. Même se revendiquer apolitique est politique: c’est du néolibéralisme plus exactement, et un fer de lance du post-modernisme, pour les friands de termes.

D’ailleurs il suffit de relire la présentation tirée du site de Nuit Debout: ce mouvement se déclare explicitement politique. Deal with.

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J’espère bien que vous vous méfierez des pommes, désormais. Chirac ne s’y trompait pas en appelant subtilement à leur extermination.

Mais de nos jours où tout est relatif sauf la banane qui l’est deux fois, il est de bon ton de se dire apolitique. Du coup je me suis bêtement dit que ce serait carré. J’en connais qui ne font pas de politique, ce sont les tacticiens. La tactique sert une politique (la stratégie), mais se contrefiche d’en faire elle-même.

Or c’est incroyable ce que ça discute stratégie. Chacun a de grandes idées et n’hésitera pas à faire dévier n’importe quel sujet pour en parler. Et que faire quand on aura envahi l’Elysée. Et comment tout réorganiser magiquement sans se soucier d’aucune variable et surtout pas des humains. Prenons le sujet du Revenu Universel de Base.

  1. Bon déjà on en est à établir s’il faut nommer ça un RUB, un salaire à vie, un droit à l’existence, ou autre.
  2. Je n’ai pas croisé une seule personne questionnant les aspects techniques. Si je résumes des heures de litanies, ça donne: « oui au RUB ». Quand, comment? Avec quelle faisabilité, quels effets, quelles précautions? Boarf.

Ah et il est aussi capital d’entamer une charte éthique. Et de voter sur la façon de voter. Clair qu’avec des centaines de milliers de partisans ça commence à devenir urgen- … Attendez. Non, on est 50, à la Nuit Debout de Bayonne.

A 50, la priorité est de survivre, poser des actes, chercher des alliés, monter la logistique de base.

Un bon point. Dans mon cru, une participante a souligné que picoler des bières sur une place publique faisait plus punk pas sérieux qu’assemblée de sages. J’aurai bien applaudit (ou fait le ventilo avec mes bras) si je n’avais pas un verre de blanc à la main à ce moment. Elle avait carrément raison.

Mais revenons en à l’apolitisme. Que se passe-t-il quand on est apolitique? On ne trouve pas d’alliés, déja. ces salaupiots là sont politiques. Des associations locales (à savoir « puissantes et basques et re basques derrière), aucune ne soutient Nuit Debout. Alors que le levier à chercher c’est eux. Pourquoi? Vendredi dernier, deux militants sont venus en sympathisants. Ont glissé qu’ils étaient de telles assoces en mode « coucou, on est du même camp c’est cool ». Un intervenant a suivi pour s’indigner que « si vous étiez avec nous pourquoi que vous avez pas déja fait des choses? Et nous on est pas une assoce on est Nuit debout ». Je prend rendez vous dans 4 ans pour voir cette même personne plaider « nous on est pas Nuit Debout! Nous on est x ». Du grand art.

Enfin je note que l’apolitisme fait la manif contre la loi El Khomri ce jeudi. C’est à la fois mignon et terriblement gênant de retrouver du totalitarisme aussi rapidement, en fait: l’ennemi (déja, le terme) n’est pas un être rationnel, d’ailleurs la politique n’existe même pas: il y a nous et le reste. Même il n’y a que nous et There Is No Alternative (TINA)… Je me demande donc si Margaret Thatcher serait venue à Nuit Debout.

Et puis nous c’est qui?

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Entamons par les bonnes nouvelles: si j’ai ouï-dire qu’à Paris le djembé vit encore, cracheurs de bolas en équilibre sur des balles ou l’inverse inclus, je vous annonce avec émotion que cette abomination n’a plus court dans mon coin. J’ai moi même cessé de jongler il y a quelques temps déja. Déjà ça de gagné.

De ce que j’ai compris, nous c’est les citoyens. Dans les présents, une majorité de chomeurs de retraités ou d’etudiants… Clair que prendre deux soirs par semaine quand on bosse ou qu’on a des gosses, c’est chaud. Comme le soulignait un autre participant, peut être faudrait il faire ça en journée aussi de temps à autres.

Mais ce n’est pas le pire. Un mouvement qui se veut massif et qui s’installe en centre-ville s’est déja crevé les pneus sur une herse: la base de colère est de plus en plus périurbaine. Et se fiche bien des « bobos gauchiasse de centre-ville » pour résumer avec le langage fleuri de la sémillante nouvelle extrême droite.

Mais ce n’est toujours pas le pire. Le pire est dans ce lien. Le coeur, la base, les citoyens en colère sourde et déclassés… Eux n’ont même pas le temps libre pour aller s’asseoir en rond sur une place deux jours par semaine. Et inversement tout le monde se fout de trouver une façon de les atteindre.

Quoi, j’ai dit que c’était le pire. Non on y est toujours pas au pire. Outre que Nuit Debout ne concerne qu’on noyau dur déjà « spécialisé » dans tout ça (pour ne pas les nommer: binoclards chevelus à vélo, profs divers, groupes gravitant autour de diverses assoces) le reste du panel se compose de l’extrême droite.

Attention, pas celle affichée. Nooon. celle qui ne sait même pas qu’elle en est vu qu’elle se pense apolitique. Je parle des amoureux de Pierre Rahbi, localistes, complotistes de tous poils. De fil en aiguille « les médias sont menteurs » mais Sputnik dit la vérité et Poutine est un grand homme. Déja contrairement à Obama il n’est pas reptilien, voyez vous.

Ce qui me semble le plus remarquable, c’est qu’à chaque fois que je tombe sur un « nationaliste de gauche » j’ai beau expliquer que ça a déjà été fait avec RIGOUREUSEMENT le même programme (virer les banquiers, corps et esprit sain, retour à une nature fantasmée, féodalisme localiste, retour aux frontières, haine du cosmopolisme) – sous l’appellation national-socialisme – l’interlocuteur est dans le déni total. Donc pour une fois je vais être totalement d’accord avec les antifas: oui les mouvements « citoyennistes » cachent un fond lourd et inquiétant, qui fleure remarquablement la même odeur et les mêmes racines que Hitler-ayé-point-godwin.

Malgré tout

Car il y a un mais.

Je reste emballé par l’idée, qui est déjà à sa base un acte: faire redevenir à une place ce qu’elle est, a savoir une agora. Où l’on discute tous. Enfin, des écolos conservateurs discutent avec des punks perdus qui avec des gauchistes déboussolés qui avec des clodos du coin qui avec des mabouls venus parler d’energies cosmiques. C’est très peu représentatif du peuple, mais c’est deja un pas qui se fait trop rare de nos jours: discuter avec autre que soi.

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Non merde surtout, pour une fois qu’on peut discuter sujets sérieux avec des inconnus sans faire bailler ou se retrouver face à l’équivalent intellectuel d’une moitié de poisson mort, je vais pas cracher dans la 1664.

Et si c’est des complotistes et autres qui ont réussi à faire ça, ça en dit moins sur leurs défauts à eux que sur l’incapacité des intellectuels sérieux à tenir le terrain.

Je vais continuer à y aller. En toute honnêteté parce que je suis juste à coté, et pour ce principe qui reste beau: celui d’agora. Je me retrouve à discuter politique (même si c’est beaucoup de merde complotiste, Rahbi, and so on) avec des inconnus et c’est beau.

Avec, oh allez, moi aussi quelque part ce rêve fantaisiste: tout faire péter, installer un gouvernement « provisoire », rééduquer par la force les masses récalcitrantes (pardon « les résistances isolées et à la solde de l’étranger »), découvrir que la méthode Rahbi sera extrêmement inefficace et impopulaire, mettre tout ça sur le dos des Etats-Unis… Bref, (ré)instaurer enfin une belle grosse dictature du prolétariat qui claque.

Je veux dire, contrairement à tout ceux qui se rendront compte trop tard à quel point la révolution c’est con, moi je le sais déjà. Du coup ça augure de belles barres de rires.

Sinon il faut trouver un moyen de discrètement placer un rassemblement du MEDEF, la Nuit Debout, les assoces, les antifas, les vendeurs de glaces, et les centristes, sur une même place. Afin de tout faire exploser à ce moment là BOUM de rétablir, un instant, une agora entre les citoyens. Qui sait.

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Les 4 Accords Toltèques: imposture à l’ombre des pyramides

D’ailleurs on vous ment sur le titre et il existe un cinquième accord. Les chamans c’est comme le reste: s’il y a moyen de vous faire acheter plus de papier surfacturé issu de la déforestation, ça leur va.

Publié en 1997, Tintin au Mexique- euhm les Quatre Accords Toltèque nous narre les palpitantes chamaneries de Don Miguel Ruiz.

Quand à l’éditrice qui signe la préface, en parler aux acheteurs serait comme parler de bœuf mariné à des vegans, c’est à dire rigolo mais cruel. Rien que la toute première phrase, damnit

Ma première rencontre physique avec Don Miguel Ruiz remonte à 1991

Autant vous dire que l’implicite dans « physique », c’est pas « on s’était d’abord vu sur skype ». Non. Elle avait su en rêve auparavant qu’elle ajouterai un autre fou furieux à sa lucrative collection d’élucubrations littéraires.

« Tu es un ange » furent ses premiers mots, et quelque chose en moi se mit à bondir. Enfin quelqu’un qui me reconnait! »

Oui. In extenso. Quand les hippies muent en capitalistes, certains reçoivent Steve Jobs, nous on produit ça. Ce pays va mal.

Les Paztèques

On entame pourtant gentiment, un recap sur les Toltèques. Récap aberrant qui a pour seul mérite de souligner que ce peuple n’était encore que semi-sédentaire, leurs « villes » étant pour l’essentiel des lieux de regroupement marchand ou cultuel a des dates précises de l’année, abandonnés le reste du temps. Merde, même ça c’est faux. « C’était des scientifiques et des artistes ». En effet leur réputation restera puissante bien après leur disparition. Mais je précise aussi qu’ils étaient au centre d’un large réseau commercial, et qu’un des plus gros sites archéologiques qu’on leur doit est une véritable usine à pointe de flèches en obsidienne.

Et voici, au final, le seul soucis qui dominera mon texte. Don Miguel est bienveillant, Don Miguel est de bon conseil, mais il ne dit que la partie qui l’intéresse et pas le reste. Et livre des « vérités » sans mode d’emploi ni liste de contre-indications. Un peu comme si je soutenais, et ça se tient, que le meilleur de faire un bon barbecue c’est d’y aller au lance-flamme (à 1min44, pour les vegans).

Ou quand la carte "Etes vous alcoolique? Nous pouvons vous aider" renvoie à un service de livraison d'alcool à domicile.

Ou quand la carte « Êtes vous alcoolique? Nous pouvons vous aider » renvoie à un service de livraison d’alcool à domicile.

Étape une: la Nature est bonne, l’Homme est perverti

Un jour il faudra vraiment tous leur expliquer que nous faisons partie de la nature au même titre que les pandas, et que celle ci n’est pas une figure personnifiée mais juste un mot pour désigner l’opposé de « la culture« . Donc la nature n’est ni bonne ni mauvaise et même si c’était une entité elle s’en ficherai royalement. Oui je suis agacé. Figurez vous que j’ai par hasard lu intégralement les 4 accords Toltèques avant de décider d’en causer. Bête concours de circonstances qui me mène à diverses formes de facepalms, soupirs, et autres impatiences.

Tous nos rêves forment le grand rêve de la planète. Il était mignon. Or la culture a tout foutu en l’air. La société, l’école, les parents, les religions, le langage lui même, ont décidé de niquer vos rêves et méchamment les tordre pour les faire entrer dans le moule. Pourquoi? Mystère. Mais-c’est-comme-ça.

Oui les new-age partagent aussi ceci avec Hitler (c’est un point Godwi- « oh ta gueule c’est lassant cette mode »). Savez, et son idéologie qui kiffait la Nature, le paganisme, et justifiais que si l’Homme est un loup pour l’Homme alors il est Naturel pour les forts d’exploiter, castrer, gazer les faibles. Donc point 2) comme chez Dolfi, ici aussi on retrouve l’idée de la génération spontanée du mal. Le mal existe parce qu’il est mal.

Vous n’avez pas choisi vos valeurs, vos croyances, [etc] ni même votre nom

Atroce, hein? Et c’est la première punchline du bouquin, genre que tata Suzanne resservira pendant 30 ans aux fins de repas, ébahie, comme sortant une bombe, parce que ça aura guidé sa vie.

C’est drôle, vu que cette énooorme vérité se brise facilement.

Ouais. La science. Comme toujours. Déboulonneuse de nawak since toujours

Ouais. La science. Comme toujours. Déboulonneuse de nawak since toujours

En tout cas, exemple, me semble qu’il existe un âge qui suit immédiatement l’âge où il est nécessaire d’être moulé par son environnement (aka l’enfance), même que c’est pas le Mal mais un avantage évolutif. Cet âge magique, donc, qui suit ça, vous en gardez de chaleureux souvenirs d’acné purulente et de tehon diverses. Mais c’est aussi l’âge où à l’inverse de l’enfance vous choisissez tout. Votre nom (coucou Don Paco Azteco, tu sais que les gens choisissent TOUS jusqu’à leur [sur]nom?), votre langage (quitte à inventer des mots de merde), vos valeurs, vos relations, la couleur de votre string et quel sexe le verra, ainsi de suite.

Plus loin, image frappante, l’auteur parle donc de « domestication » de l’humain. C’est gravement confondre apprentissage et domestication, mais eh, tant pis ça se vendra quand même. Don Miguel Ruiz ayant fait médecine, j’espère sincèrement que c’est la partie traduction en français qui a merdé sur « domestication ». Réduire l’apprentissage à un système behavioriste simple de « punition/récompense » trahit en tout cas une chose. Dans la tête du con actuel, un enfant est forcément à portée de baffe / de susucres de ses parents ou d’une autre autorité. Yay. Bonne nouvelle pour la liberté, le jeu, la découverte et l’autonomie.

C’est balayer tout le reste, comme au hasard le rôle central de l’imitation dans l’apprentissage, fonction réflexe, qui s’active sans être liée à l’attente d’une récompense ou la crainte d’une répréhension. Don Miguel nommerait ça un syndrome de Stockholm. Moi je soutiens que si tout le monde marche comme ça ce n’est pas à cause du Mal, mais parce que c’était une stratégie évolutive gagnante.

L’auteur passe ensuite tout le reste du chapitre, fasciné, à faire découvrir avec enthousiasme le surmoi en croyant qu’il invente l’eau chaude, eau qu’il sépare en deux parties tel Noé non merde l’autre de manière confuse: le Juge et la Victime.

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Je vous passe le baratin habituel qui vient avec. Merde on se croirait dans une pub moisie sur le net « un docteur mexicain a une astuce étonnante que les méchants haïssent ». Sauf que là on a DÉJÀ acheté – s’est fait offert, si l’on est chanceux – le produit vanté.

Mais passons dès maintenant au premier des accords.

« Que votre parole soit chiante à mourir », ou l’ataraxie mal comprise

Non: soit impeccable. J’eusse écrit 4 principes qui résument tout, c’eut été « que votre parole soit franche, accompagnée de rires chauds dans la voix, pétulante de vie et d’intérêt pour votre prochain et pour le monde », mais cela devait probablement être trop long.

On retrouve les classiques du genre, qui mènent à désigner de façon péremptoire – et sur la forme seule – des personnes « toxiques » et d’autres saines. A cette imbécile de CNV (communication non-violente). Ainsi probablement qu’à mourir d’un ulcère à l’estomac après une vie passionnante à jouer poliment au scrabble.

Bref il faut parler gentil pour créer un monde gentil.

Je vais émincer direct ce que j’en pense de bien: les mots ont un sens, je suis le premier à le clamer. Ce que l’on pense devient ce que l’on dit puis ce que l’on fait et inversement. Bien. Je vous sort ça en deux lignes et Miguel en 30 pages, mais soit. Le reste, maintenant.

« La parole est si puissante qu’un seul mot peut tuer des millions de personnes » – page 38 –

On parle évidemment de ce cher Adolf. Et en évacuant toutes les causes sociales, historiques, économiques, et j’en passe… Qui ont menées à la seconde guerre mondiale. Pratique, hein? Vous connaissez l’implicite, désormais: le Mal a œuvré et seule la parole a compté. Mais il y a mieux:

« Tiens la couleur de ton visage est celle des gens qui vont avoir un cancer » – page 39 – « s’il écoute cette parole et s’il est d’accord avec, il aura un cancer dans moins d’un an. telle est la puissance de la parole »

Ouep. La drogue, parlez en à votre médecin. Le cancer aussi, d’ailleurs. Lui vous filera plutôt un traitement adapté, eh, pas de panique, la plupart des cancers sont désormais bien soignés. Sauf qu’en vous « jetant un sort » – page 39 – tout ceci n’est que mascarade car quand votre médecin vous dit plus clairement « vous avez un cancer » c’est clairement qu’il veut vous tuer. Le fourbe.

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Ca? Oh, rien. Je teste la validité des thèses de Don Miguel Ruiz sur mes lecteurs. Mais non, pas vous. Vous n’êtes pas un lecteur vous. Vous êtes un être de lumière qui partage mon chemin en cet instant du cosmos, rien à voir, relax.

A ce stade il est grand temps de se demander si cette lecture est bien sérieuse? Les pages suivantes, qui se résument à de la flatterie commerciale (« quand on vous dit stupide n’y croyez pas vous êtes évidemment très malin petites fleurs soleils tartines de miel »), répondent à cette question. La réponse étant: « oh oui! enfin quelqu’un qui sait me flatter parler! », apparemment.

Le reste du chapitre s’applique à vous expliquer la méthode Coué pour les nuls et vous enseigner des distorsions de stoïcisme. Et là je ris. Cet accord, les 3 autres aussi, correspond aussi à un principe stoïcien et/ou bouddhiste (pas sa version disneyland occidentale: le vrai). A croire que dans le monde entier, chaque philosophie locale – qu’elle soit Toltèque ou autre – a déterminé de bons principes de vie depuis au moins 2000 ans. Et que ceux ci sont tellement justes qu’on les retrouve aussi dans la psychologie moderne. Seulement « juste » ne veut pas forcément dire « complet en soi ». Ces principes s’inscrivent dans un système, et sont des conseils, pas des cadres de loi. Les redécouvrir pour en faire de la soupe vendue sans mode d’emploi ni liste des contre-indications est dont au minimum tordu, au pire malhonnête.

« Quoi qu’il arrive, ne branlez rien »

Pardon. « N’en faites pas une affaire personnelle ». Encore une fois c’est GLOBALEMENT un bon conseil. Mais vous savez qui ne prend jamais rien personnellement? Les cailloux. Eux sont placides. « Mais eux ne sont pas vivants! » Ok, ok… Les légumes? Les comateux? Les ivre-morts et les camés en somnolence? Oui, eux aussi.

« Vous n’êtes aucunement responsable de ce que les autres font. Leurs actions dépendent d’eux mêmes. Chacun vit son propre rêve » – page 54 –

Les goulags sont ils donc si loin pour qu’un pékin sorti de nulle part puisse sortir ça avec sérieux? La liberté n’est pas une chose immanente, mais le fruit de luttes – sous toutes leurs formes – qui sont arrivées justement parce que les gens… Ont pris personnellement le fait d’être asservis, par exemple. Rah, les imbéciles! Au moins en Inde ça fonctionne encore et si l’on est intouchable il faut le prendre avec le sourire. Ne pas en faire une affaire personnelle.

  • Un point clé: l’auteur attaque beaucoup les religions moralistes d’avant – chez lui surtout le catholicisme, donc -. On peut même dire que pour avoir le bulbe fertile à ses accords, mieux vaut être déjà dans le business et s’être choisi une marque ou l’autre de Dieu au supermarché des croyances. Vous savez quoi? Quand Nietzsche a dit « Dieu est mort » il avait raison. Quand Malraux a dit « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas » il avait raison aussi. Pourquoi, demandez-vous. Parce qu’à la religion-type paternaliste (et donc pas jouasse, vengeresse, et castratrice, mwahahaha) a succédé – vu que Papa est mort – un vide. Dans lequel vous êtes devenu vous même Dieu. Dans la religion de Don Miguel et les autres fêlés, mais aussi dans l’idéologie néolibérale par exemple, vous êtes votre propre Dieu, qui doit être parfait en tout, tout narcissique, tout joli et fort et intelligent, et ouh à ne surtout pas critiquer et les gens qui (vous) critiquent cémal. Un Dieu personnel qui bien entendu ne vas pas se punir lui même, hein? Les limites, la morale, les règles, la société, tout ça aussi cémal-et-depuis-je-ne-vote-même-plus.

Et paf à l’enfant-roi né de ce changement succède l’adulescent-Dieu, aboutissement du grand délire.

Peut être que l’expliquer comme ça marchera? Qui sait. Si vous touchez à ces délires, posez vous la question avant de prendre la mouche (de prendre… personnellement?) parce que j’ai dit « délire ». Bref, ça a été l’objet d’autres billets ici et le sera à nouveau. revenons à nos toltèques.

"oui mais ma star préférée l'a dit ausssiiiiiiiiiiii wooohoou". Chouette.

« oui mais ma star préférée l’a dit ausssiiiiiiiiiiii wooohoou ». Chouette. D’ailleurs en l’occurence Jack Nicholson n’est pas précisément un excellent exemple de sagesse.

Bref bref. Second accord, donc, nier absolument le fait que les jugements des autres nous constituent et servent de moteur à bien des choses. Qu’est ce que cela a de mal? Si Jennifer/Roberto ne craquait pas pour les musicos, auriez vous été aussi appliqué à la guitare à 14 ans? Si je me ballade nu dans la ville avec comme seul vêtement un étui pénien en hamster vivant véritable (HVV, certifié bio), le jugement des gens ne compte pas?

« si il compte mais fôpa en faire une affaire personnelle! Tu as mal compris le petit monsieur mexicain ». Ah donc l’évolution nous aurait doté de toute une batterie de moyens de reconnaitre et émettre des jugements, de les traiter, de les garder en mémoire, comme ça pour se marrer? Tiens.

C’est comme, par exemple, la rage. La rage ne sert à rien et ne peu pas constituer un moteur sain pour (soyons fou) se surpasser, se sortir d’une déprime, etc. La rage est un raté de l’évolution aussi, faut croire. d’ailleurs tout ce concept d’évolution hein au final… Et surtout cessez d’essayer de vous comporter en adulte autonome et reprenez une louche de conseils bidons achetés au rayon « développement personnel » de la multinationale du livre la plus proche.

Mais j’oubliais. Quand je tape un neutre « jugement des autres » sur l’ami google, je tombe sur des pages entières de coaching. Simple coïncidence, je suppose. Si vous aimez bien les coachs, tiens, cliquez ici. Merci.

« Et penser tout court, ça ne sert à rien non plus »

Arhm pardon, c’est « ne faites pas de suppositions ». Je lis cette phrase je suppose déjà une vanne impliquant des suppositoires, esprit malade que je suis.

Perso je dirai « faites les suppositions que vous voulez de toute façon le cerveau humain passe son temps à ça« . Simplement pensez à communiquer derrière. Si vous supposez qu’untel vous snobe parce qu’il ne vous regarde pas et ne vous a pas dit bonjour, suffirait peut être de lui parler pour comprendre en 2-2 que c’est de l’anxiété sociale et pas l’inverse.

Plutôt que de cesser de base de penser (bon courage. Je ne vois que la pendaison ou le Bain-Claude-François pour y parvenir efficacement).

Et maintenant l’inverse, ce qu’autrui présuppose de vous:

« Si vous ne m’aimez pas comme je suis alors au revoir, trouvez quelqu’un d’autre » – page 70 –

Bravo. Outre expliquer le niveau spectaculaire des divorces et la fragilisation de l’amitié en milieu moderne, ce beau morceau de nawak fera de vous une personne seule, narcissique, et chiante. Pourquoi? Parce que c’est nier l’expression de rapports de force sains et normaux. Pourtant encore une fois le principe est sympa. Et encore une fois je vais sortir ce qui devient un gimmick: « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

Pour prendre une image, il fut un temps où l’on tentait de réparer les objets cassés, avant de les jeter. Ici ça se nomme pouvoir communiquer de tout avec franchise. Si en effet cela n’est pas possible, alors oui autant appliquer cette phrase. Mais ça n’exonérè pas d’essayer.

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Le prochain stade des « images à phrases coucouille dessus »

Faites toujours de votre mieux

Celui ci je n’y ai pas salopé le titre. Non je ne fatigue pas, voyons. C’est juste qu’il n’y a pas grand chose à y redire qui n’ai déjà été dit plus haut, surtout sur la forme. Sauf ça, niveau fond du propos:

« Faites toujours de votre mieux. Ni plus, ni moins » – page 75 –

C’est pas avec ça qu’on aurait inventé le feu, encore moins l’étuis à banane en plastique rouge. Ne pas se taper dessus en se lamentant qu’on aurait du faire mieux c’est chouette. Mais le reste du temps, autant essayer de se surpasser. Ça donne du sel à la vie, non?

Encore une fois je reviens à mon point sur le stoïcisme, bouddhisme, et all. Nul besoin de peinturlurer des « rêve de la planète » et dieux Paztèques pour expliquer ce qui devrait vraiment relever de la banalité: faites quelque chose plutôt que rien. Toujours. La vie consiste à ça, et passe son temps à faire ça depuis 3 milliards d’années. On est programmé à cela depuis tout ce temps, et c’est comme ça qu’on se sent bien.

La fin du chapitre se consacre à des élucubrations mystiques incluant « eh Dieu! Je t’aime » (textuellement) ou autres trucs sur « devenir un guerrier ». Voilà voilà.

« Devenez enfin un gros nazi », où l’on achève le safari

« Briser les vieux accords ». Voyons voir ça.

« La véritable liberté est de pouvoir être libre d’être qui nous sommes vraiment » – page 89 –

Alors là observez, je répond machinalement et d’une seule main: et si on est un dangereux psychopathe pédophile fan de Michel Sardou? Là aussi il faut être free d’assumer ce qu’on est? Voilà ce qui arrive quand on présuppose la Nature comme bonne, Don Miguel.

« Si on regarde un enfant de deux ou trois ans, on voit un humain libre » – page 89 –

Tu dois parler de ces versions pas finies d’homo sapiens, celles qui ne sachant pas encore ce qu’est la mort n’hésitent pas à la souhaiter aux autres ou provoquer le mal en riant, dépourvues de code moral qu’elles sont? Chouette. Bis répétita, présupposer (ohohohoh, l’auteur présuppose) que la Nature est bonne et la culture mauvaise mène à de pathétiques erreurs de jugement.

Un enfant de cet âge n’est ni libre ni asservi, ni bon ni mauvais, il est Naturel. Au delà du bien et du mal. Ainsi on ne peut lui en vouloir d’être con. Et s’il passe ce stade de son développement ex-utero, c’est précisément pour qu’on puisse lui apprendre des trucs et terminer de le former. Ce que tu nommes « domestiquer », Miguel.

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Parfois le sujet adulte vas jusqu’à s’inventer un double joué par Brad Pitt pour continuer ce taff. Dans un film qui, tiens, bien que parfois bourré de merde aussi, a au moins le mérite de prendre les choses dans le bon sens: « vous n’êtes pas un flocon de neige unique, vous êtes fait de la même matière pourrissante que n’importe qui d’autre ».

Bon ensuite un petit « chacun a sa propre vérité » et là je suis las d’expliquer pourquoi c’est une pensée grotesque, par définition même.

Et on termine par une sorte d’acceptation voilée de l’absurde, « embrasser l’ange de la Mort » (page 106), qui est déjà un pas timide dans la bonne direction.

A savoir fermer ce satané bouquin.

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Oh merde il reste encore 10 pages de prières. Oui, de prières concoctées par l’auteur.

Sauvez moi de toute cette bonté pitié, ça me brûle pareil que l’ail les crucifix et les lieux de culte. Allez savoir pourquoi.

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